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Évaluation d’entreprises et comparables de marché

Publié le : 21 mars 2014

D’entrée de jeu, il convient de dire qu’il y a une bonne différence entre les États-Unis et le Canada sur l’utilisation de comparables de marché pour fins d’évaluation d’entreprises.

Que sont les comparables de marché?

Premièrement, il faut bien comprendre ce qu’on entend par comparables de marché. Ce terme réfère à deux grandes sources possibles :

1-      Les sociétés cotées comparables à l’entreprise évaluée;

2-      Les transactions passées de sociétés comparables à l’entreprise évaluée.

Evaluation d'entreprise

Les premières, on les trouve en regardant les statistiques des entreprises sur le marché boursier. Cela demande donc de la patience et de la recherche. Par contre, si vous avez accès à un outil comme CapitalIQ, cela facilite beaucoup la recherche, mais le jugement de l’évaluateur est important afin de choisir les bonnes entreprises, celles qui sont réellement comparables.

Pour les transactions passées, il existe des bases de données à cet effet, les plus représentatives étant celles de Business Valuation Resources (BizComps, Pratt Stats, Public Stats et MergerStat). Encore une fois, il faut de la patience et de la recherche afin d’extraire les transactions comparables.

Comment utiliser ces comparables de marché?

Voilà la question qui tue! Peut-on évaluer une PME québécoise à l’aide de ces comparables? Je crois que la réponse à cette question est ni oui, ni non…

Oui, car cela devrait fournir une bonne représentation de ce que les investisseurs, en Amérique du nord, seraient prêts à payer pour une entreprise comme celle évaluée. Non, car ces comparables sont souvent pas si comparables que cela et l’échantillon montre, dans bien des cas, un bon niveau de dispersion (la dispersion est le degré d’écart des échantillons par rapport à la moyenne).

Le degré de comparabilité

De toute évidence, il n’y a pas deux entreprises identiques. Comment assurer une certaine comparabilité?

Premièrement, il faut s’assurer que ce comparable développe, fabrique, commercialise des produits ou services qui s’apparentent suffisamment à l’entreprise évaluée. On ne peut comparer John Deere, par exemple, aux tondeuses à gazon LawnBoy. Pourtant, les deux offrent des produits motorisés pour usage extérieur… Également, il faut être prudent quand on compare notre entreprise évaluée, plus nichée, à une grande entreprise qui a une large panoplie de produits offerts à différents segments de marché.

Deuxièmement, il faut tenir compte de la taille relative des entreprises. En effet, la littérature en évaluation d’entreprises démontre clairement qu’il existe une prime liée à la taille de l’entreprise : plus une entreprise est petite, plus elle est risquée et plus ses multiples d’évaluation seront bas. On doit donc impérativement ajuster pour la taille relative des entreprises comparables à l’entreprise évaluée.

Troisièmement, il faut ajuster les comparables au niveau du rythme de croissance de leurs profits ou de leurs flux de trésorerie. En effet, une entreprise qui croît plus vite se transigera à de meilleurs multiples.

L’analyse du bilan

De plus, il faut analyser le niveau de dettes des comparables par rapport à l’entreprise évaluée. En effet, le niveau de dettes a une influence sur le risque financier et vient influencer le rendement attendu par les investisseurs.

Également, si les entreprises comparables ont beaucoup d’encaisse excédentaire, cela contribue à biaiser vers le haut leur capitalisation boursière.

L’analyse du prix payé lors d’une transaction

Beaucoup de transactions se concluent sur un prix qui n’est pas 100% comptant. Alors, que l’évaluation d’une entreprise représente une contrepartie comptant, une transaction réelle est souvent compensée par un amalgame de comptant, d’actions, de titres de dettes et autres instruments. Donc, si on veut comparer une telle transaction avec l’entreprise évaluée, il faut ajuster pour la manière dont la transaction a été payée.

La dispersion des résultats

Même en ajustant les données afin de tenir en compte la taille de l’entreprise, ses perspectives de croissance, son niveau de dettes, la structure du prix payé et la similarité de ses produits et services, on finit souvent avec des multiples d’évaluation qui montrent une dispersion importante. La dernière étape doit donc consister à enlever les “outliers”. Plus facile à dire qu’à faire! En effet, quand la dispersion est significative la frontière entre une donnée valide et une moins pertinente doit être tracée. Cela demande donc beaucoup de jugement!

Conclusion

Finalement, on voit qu’il n’est pas simple d’utiliser les comparables de marché afin d’évaluer une entreprise. De plus, il faut dire que les données disponibles proviennent souvent du marché boursier et qu’on doit donc s’interroger sur la pertinence d’utiliser de telles données pour une entreprise privée!

Aux États-Unis, probablement à cause d’une certaine abondance de données disponibles, la méthode des comparables de marché est plus largement utilisée qu’ici.

De mon côté, je la trouve utile afin de valider ma conclusion sur la valeur que j’ai obtenue à l’aide d’une méthode d’évaluation traditionnelle, la dispersion des données de marché étant un argument afin de ne pas la retenir comme méthode principale.

J’explique cette approche dans mon cours d’introduction à l’évaluation d’entreprises et je vous invite à vous inscrire à ma formation sur le sujet.


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Francis Paquet, M.Sc., ing., EEE

Francis Paquet possède plus de 25 ans d’expérience dans le monde des affaires et de la consultation. Il a dirigé Modelcom, une firme spécialisée en modélisation d’affaires, pendant 10 ans. À ce titre, il a formé et géré l’équipe de modélisateurs et a participé à des centaines de mandats de consultation d’envergure nationale et internationale. Sa maîtrise exceptionnelle d’Excel et sa compréhension étendue des enjeux d’affaires, lui ont permis de figurer dans le Top 25 des meilleurs candidats à la première édition du concours ModelOff, un concours international en modélisation financière. Bien qu’il ait piloté avec succès des mandats dans divers secteurs d’activités, Francis a notamment développé une compétence hors du commun pour l’analyse de projets à saveur technologique, autant dans l’industrie du logiciel, des télécommunications que dans la haute technologie. Grâce à son bagage de compétences, Francis ne se limite pas seulement aux aspects techniques du mandat mais agit également comme conseiller stratégique auprès de ses clients.

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